Certains membres de l'amicale des anciens combattants de l'A.F.N. ont confié leurs témoignages sur la période de la guerre d'algérie alors qu'ils étaient si jeunes.
Pour se plonger dans cette époque, on se rappellera que la guerre d'Algérie s'est déroulée de 1954 à 1962. A l'époque, l'Algérie était plus qu'une colonie française, elle était une département français. Rappelons également, que le service militaire durait 18 mois puis est passé à 24 mois puis à 28.
« Moi, j'ai fait tout mon service militaire en France. 26 mois après la quille, j'ai été rappelé pour partir sur le front en Algérie, j'avais alors 24 ans. Dans mon régiment à ANGERS je suis parti pour MARSEILLE. Le voyage a duré 8 jours. Une fois embarqué sur le bateau, j'ai reçu mon fusil. Arrivé à BÔNE, j'ai reçu 5 balles en tout et pour tout et on a été réuni sur le terrain de foot. Je devais escorter le matériel (moto, Dodge, JMC) lors de nos déplacements. Nous sommes passés par SETIF et avons rejoint KERRATA. Environ 57 km pour arriver aux pieds d'un barrage dans les gorges du CHABET. On voyait les neiges éternelles du DJURDJURA. On a même eu de la neige ! »
« Nous habitions dans des anciens baraquements. Il y avait des rats dans nos sacs de couchages, pas de WC… Notre mission était de réaliser des routes pour l'armée et les civils, de ravitailler les chantiers. On escortait les colonels sur les routes et bien sûr, on montait la garde…tous les 2 jours. Et aussi, on se tapait le carton.
Notre compagnie était composée uniquement de ‘rappelés', les officiers et sous officiers également. »
« J'ai quelques souvenirs de situations qui m'ont marqué : lors d'un de mes déplacements, en pleines montagnes, je me suis fait offrir du ‘pastis' par un villageois ou encore, j'ai vu des gars qui avaient un peu bu et qui tiraient dans les gorges de KERRATA »
« Quant à moi, j'ai accompli mon service militaire j'avais 20 ans. Je suis resté 4 mois en France pour faire les classes et nous sommes partis à bord d'un bateau Anglais pour ORLEANVILLE. J'étais tireur sur char AMX. On assurait l'arrière des troupes. Mais on se servait plus de notre carabine que de notre char. On tirait uniquement lorsqu'il le fallait et sur ordre. Cà vibrait dans tout le char.
La nuit dans nos baraquements, on posait nos armes sur des râteliers toujours à portée. On dormait avec nos randgers aux pieds, près à partir. Lorsque nous rentrions tard de mission, nous devions dire le mot de passe pour rentrer au campement sans se faire tirer dessus.
Dans nos baraquements, nous avions une réserve d'eau qui n'était pas toujours ravitaillée à temps.
Au cours de mes missions j'ai fait beaucoup d'escorte le long des grandes pistes ainsi que les jours de marché. J'ai également gardé certains vignobles de colons installés au pays. On était mélangés avec la population dans la journée qui ne nous montrait aucune hostilité et qui, peut-être, était les mêmes qui nous tiraient dessus la nuit…
Mais malheureusement, si on ne compte aucune perte pour la commune de Beaulieu sur oudon, on a beaucoup de copains qui ne sont pas revenus. Je me souviens, 9 jours avant ma libération, lors d'une patrouille dans mon char (on suivait des ‘bourriches' que nous faisions courir devant nos chars afin de déminer le terrain), l'un de nos chars a sauté sur une mine tuant tous les copains du char….çà aurait pu être moi !
Une autre fois, lors d'une patrouille dans le maquis, un ‘filouze'qui était caché à deux pas de moi dans un buisson m'a tiré dessus. J'ai entendu le son du détonateur de son fusil qui, heureusement pour moi, s'est enrayé. Il s'est enfui en courant.
J'ai vu beaucoup de mes camarades revenir amputés.
J'ai fait au total 28 mois et 3 jours et j'ai cumulé mes permissions uniquement à la fin. »
« Quant à moi, ça faisait 26 mois que je faisais mon service militaire, j'étais alors sergent et je commandais donc toute une compagnie. Nous nous sommes retrouvés 4000 sur le bateau pour l'Algérie, le ‘Pasteur'. J'ai failli de ne pas aller en Algérie pour aller au Canal de Suez. Pour rejoindre BOUÏRA nous avons voyagé dans des wagons à bestiaux où nous étions 36 par wagon.
En tant que sous officier, j'ai mené un grand nombre de missions très variées. Il était rare que je dorme au baraquement. Ma première opération était d'aller au secours de spaïs. Il y avait encore des hommes à cheval. Les balles nous sifflaient dans les oreilles.
J'ai participé également aux déplacements de populations qui se trouvaient dans les zones interdites. On faisait monter tout le monde dans les camions avec leurs affaires, le bétail était également emmené. Ils étaient déplacés dans des camps. Une fois le village vidé, les avions l'arrosaient au napalm et s'embrasait.
J'ai également participé au recensement de la population afin de préparer le référendum pour l'indépendance. On allait dans les villages avec des interprètes. On était en arme. Cela m'a permis de voir des battages avec des mulets qui pilaient le blé, le ramassage des gerbes se faisait à la main…, les charrues étaient en bois. On faisait en même temps de la propagande pour De Gaulle. On distribuait des tracts : ‘de Dunkerque à Tamanrasset, 100 millions de français.
Lors d'une mission, le 11 avril, pris dans une embuscade, il a fallu reculer. On cherchait à se cacher mais en vain. On profitait de la pente de la montagne pour s'allonger sur le sol. C'était notre seule protection. Nos ennemis nous attendaient en haut de la montagne derrière les arbres. On demandait le renfort des paras. J'ai vu des camarades, ce jour là, se faire descendre à quelques jours de leur libération.
Les conditions du terrain ne nous permettaient pas partout les déplacements en véhicule. On marchait beaucoup. On traversait des rivières d'1m50 en se serrant les uns aux autres pour ne pas glisser. On mangeait des rations quasiment tous les jours, mais çà nous arrivait quelques fois de partir avec une ration alors que la mission allait durer 3 jours… et sans nos sacs car les hélicots les avaient laissés au mauvais endroit.
On récupérait l'eau dans les fontaines ou directement dans le ruisseau avant de partir en opération. Mais l'eau était tellement sulfureuse qu'elle endommageait les bidons. Les cuisines ne nous suivaient pas.
Dans tous les cas, nos armes étaient toujours nettoyées. Là où s'était une corvée lors du service, une fois au combat on se rendait compte très vite que c'était important. Les chargeurs étaient toujours pleins.
Ma compagnie comptait environ 150 hommes. Il n'en est revenu que la moitié. »
Pour conclure de ces témoignages de cette guerre, voici quelques réflexions, qui résument le sentiment des nos anciens combattants.
« On se demande encore ce qu'on est allé faire là-bas. De Gaulle a envoyé des milliers de jeunes soldats non formés pendant 8 ans pour aboutir à la déclaration d'indépendance que De gaulle déclara lui-même. C'était vraiment du gâchis. »
 
 
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